Vendredi 7 août 2009 5 07 /08 /Août /2009 00:26

Après plusieurs mois de silence et d’observation, j’ai décidé de synthétiser dans un article unique les raisons qui m’amènent à penser que, même le nez dans le mur, rien n’arrêtera la cupidité profonde d’une minorité qui définie le système.

La mécanique est trop forte, les contre-pouvoirs trop minces, les défis à relever trop importants.

Il ne s’agit pas de résignation, mais de lucidité : en l’état actuel des choses, ce que certains dénomment comme étant la crise ne sera qu’une occasion ratée de changer radicalement de cap avant qu’il ne soit trop tard. Le syndrôme du Titanic : c’est bien de cela dont il s’agit.

I. Une crise pour rien

Déclenchée dès 2007 puis révélée au grand jour suite à la faillite de la banque d’affaire Lehman Brothers, la crise issue du délire des prêts hypothécaires Subprimes, n’a finalement eu aucune conséquence majeure de modification des pratiques au sommet des hiérarchies.

Le G20 n’a acté d’aucune décision déterminante. Les banques, après avoir bénéficié du renflouement sympathique d’Etats dont les dettes ont explosé, n’ont absolument pas changé leurs pratiques. La distribution de Bonus continue, mais pire encore, le système bancaire s’est sans aucun doute renforcé de nouvelles protections pour manier des masses financières colossales au détriment de l’économie réelle.

Sur le terrain, bien sûr, les activités économiques "traditionnelles", dont les plus fragiles c’est à dire les activités industrielles, ont trinqué. Les directions ont profité du prétexte pour délester du personnel et délocaliser. Les conséquences, après quelques mois "tampons", ont été dès début 2009 une forte remontée du chômage, une récession et un effort des finances publiques d’autant plus important en dépenses que les rentrées d’argent ont été moindres.

Le bilan est sans appel : pour l’Etat français, le déficit annuel est passé de 42G€ en 2007 à 75G€ en 2008 et une estimation avoisinant les 110G€ en 2009, soit près du triplement en moins de 2 ans.

Parallèlement, les institutions bancaires, non contentes d’avoir été sauvées d’une faillite causée par leur avidité sans limites, peuvent aujourd’hui se congratuler d’avoir obtenue une bouée de sauvetage sans contre-partie aucune : ni régulation, ni modification des gouvernances, ni changements des règles du jeu. Et cela, à l’ensemble de l’échelle Européenne, voire au delà.

Le cas de l’Islande, plus encore que le cas Irlandais, est symptomatique d’un Titanic qui, en plein naufrage, se croit encore insubmersible.

Le fameux modèle Islandais, construit sur du virtuel (la croissance du pays - comme d’autres - n’était générée que par les bénéfices issues des transactions boursières, donc sur de la valeur "financière" sans réelle connexion avec une activité concrète de production ou de service) a été balayé en quelques mois, révélant alors les connivences, cooptations et délits en tous genres tels que les emprunts sans conditions octroyés aux cadres dirigeants et personnalités des grandes institutions financières ou publiques du pays.

Une sorte de départ chapeau d’initiés, à la Forgeard ou Madoff, en sachant pertinemment que le bateau allait sombrer et qu’il faudrait des dizaines d’années avant de retrouver le chemin de leurs pillages. Une société Islandaise surendettée sur plusieurs générations au bénéfices d’une minorité qui est finalement parti avec les coffres-forts du pays, mais aussi des Anglais, bien mal leur ayant pris de croire dans un système aussi fictif (ce que l’on appelle du reste un superbe vecteur de contagion de la crise).

Le bilan est là aussi sans appel, avec des récessions à deux chiffres et autres révoltes qui se réveillent parmi ceux qui vont payer pour ces excès.

Face à ces réalités, on aurait pu s’attendre à des prises de position fortes pour freiner puis stopper les délires à l’œuvre. Non content d’avoir adoubé ce système, la gouvernance mondiale démontre son incapacité totale à affronter le monde de l’argent.

Pire encore, elle s’y soumet, posant alors les États comme les puits sans fond où l’on peut s’endetter pour financer les "excentricités folles" d’une minorité qui abuse à ne plus s’en rassasier de règles du jeu inexistantes là où elles devraient être les plus coercitives.

Le Congrès Américain comme beaucoup d’autres institutions, privées ou publiques, sont vampirisées par l’argent : plus les dettes des Etats augmentent, plus les prêteurs sont en position de force, même s’il s’agit de prêteurs renfloués à grands renforts d’argent public. Goldman Sachs, la Fed, la BCE : tous se tiennent pour maintenir le pillage à l’ordre du jour.

Les banques et les banquiers tiennent ce monde par la peau des couilles, c’est pourtant clair.

Le G20 n’a rien apporté, si ce n’est la confirmation qu’il est impossible, seul, d’imposer à des banques multinationales de respecter des règles. Pire encore, ceux-là mêmes qui seraient censés leur en donner, jouent leur carte de carrière et visent des places de prestige pour bénéficier des subsides des lois qu’ils auront créées et dont ils connaîtront les failles.

Dommage en effet que l’économie réelle soit sacrifiée sur l’autel de la finance et de la cupidité sans fin.

En France, rien n’a changé également, si ce n’est en pire, puisqu’au lieu de tirer des enseignements sur ce qui constitue une alerte avant crash, il a été décidé de maintenir des règles type bouclier fiscal, niches fiscales mais en plus de les compléter avec d’autres mécanismes encore plus inégalitaires comme la loi Scellier, l’investissement dans les PME pour liquider l’ISF etc... le tout permettant à moins de 1% des plus riches de voir arriver un chèque d’environ 350K€ de la part des impôts au mois de septembre. On aura ensuite beau jeu de vous raconter qu’une hausse de 5€ des prestations vieillesses c’est beaucoup...

Le politique est lui-même en otage : aujourd’hui il n’a plus aucune prise sur des institutions qui pèsent à elles seules autant que leur PIB et peuvent l’évincer à tout instant. La cupidité à un prix : la dépendance au milieu de l’argent.

Dans cette gestion économique de haut vol (c’est le cas de le dire), on s’est même demandé comment ne pas abuser encore un peu plus, du cadeau de la TVA aux restaurateurs en passant par le report de dettes passées à Bruxelles sur le dos des contribuables ou même encore à la vente à prix d’or des bijoux de famille (autoroutes, immeubles, entreprises publiques) : tout y passe !

Bien entendu, le train du vie du régime, comme avant 1789, lui reste royal et somptuaire : maintenant qu’il sait comment endormir la plèbe (cela s’appelle les médias) il peut continuer à "dépenser sans compter".

Tout repose donc sur les 45% de contribuables imposables et sur la TVA. Autant prévenir d’emblée : la crise, ce sont sur ces 2 facteurs qu’elle va se payer plein pot, surtout qu’en 2010, les chômeurs d’aujourd’hui seront en fin de droit et que "l’embellie de la reprise" est une fiction pour maintenir les esprits dans l’espoir.

Les seules reprises à attendre, sont celles des excès financiers (qui généreront des reprises de taux de croissance... ) et celles des impôts. Et autant vous dire que la suppression de la TP sur le volet investissement ne va pas alléger la facture des ménages qui, concrètement, perdent chaque année en pouvoir d’achat (ce qui les sauve actuellement étant l’entraide familiale et les transmissions de patrimoine).

 

II. Un système d’inégalités croissantes

Dans ce panorama réjouissant, les défis à relever sont immenses.

L’environnement, en soit, est déjà un défi colossale que nous serons sans doute jamais à même de relever tant l’indexation du taux de croissance est lié au rythme de bétonnement de la planète. Une contradiction qu’il sera difficile de résoudre sans véritablement se pencher sur le but de nos vies : consommer sans compter ou bien vivre avec d’autres valeurs plus humaines et plus qualitatives que la course au score sur un compte en banque ?

La lutte contre les inégalités, est un défi encore plus colossal à mon sens, et tout aussi important.

Du point de vu des élites, noyées dans des sommes d’argent générant toujours plus de rentes, se pencher sur les inégalités revient à mettre le nez dans la masse informe de prolétaires qui, puisqu’ils ne sont pas arrivées à être riches, doivent bien d’une façon ou d’une autre mériter leur médiocre train de vie. On omettra dans l’analyse de préciser que le fait de payer la majorité dans des canaux de rémunérations compris (en France) entre 1000 et 3000€/nets/mois conduit mécaniquement - en plus de prestations sociales qui tirent les classes moyennes vers le bas - à comprimer une majorité des citoyens dans une masse de "médiocres", masse comprimant encore plus bas les classes en difficultés qui ne subsistent que par d’autres voies de rémunération.

Bref, une minorité contrôle totalement la redistribution des richesses et ne souhaite pas les partager, le tout en habillant ce choix de "compétitivité", "mérite" et autres justifications de bon aloi.

Effectivement, ils ont raison : quand un trader ou bien un "avocat de cabinet conseil" réalise en un mois ce qu’un salarié de base (cadre ou pas d’ailleurs) gagne en une vie, on imagine très bien qu’il y a une justification rationnelle et raisonnée...

Ce principe, purement délirant, revient à devoir se poser une question clé : puisqu’il n’existe actuellement aucune règle mathématique liant effort/mérite et rémunération, ne serait-il pas grand temps de lisser les écarts et donc d’appliquer des mécanismes de compression des hautes rémunérations pour une meilleure redistribution ? Celle-là même permettant ensuite de réinjecter les crédits dans le système, générant croissance et hausse du niveau de vie globale ?

Malheureusement ce concept est aujourd’hui écrasé.

Les mécanismes de concentration à l’œuvre sont beaucoup trop puissants pour être arrêtés sans une convergence forte de plusieurs autorités nationales, elles-mêmes de plus en plus dépendantes lors de leur élection des jeux de pouvoir à l’œuvre, autant dire que cela semble compromis.

Par ailleurs, l’individualisation des sociétés, conséquence directe de l’égoïsme parfois arrogant des plus aisés et du renfermement sur soi afin de se protéger d’un système prédateur, conduit à ne plus savoir croire dans un mouvement collectif de rééquilibrage de la donne.

En d’autres termes, l’immense majorité des citoyens vit avec des moyens extrêmement limités qui ne donnent pas le droit à l’erreur et ne sait plus comment revendiquer son droit à exprimer ses difficultés. La crise du PS provient d’ailleurs de cette incapacité à relayer les cris et attentes des moins aisés et classes moyennes autour d’idées fortes constituant un projet fédérateur.

Les citoyens se retrouvent alors face à eux-mêmes, conscient ou non de ces réalités, payant pour les erreurs des autres parce qu’ils n’ont pas le choix, subissant parce qu’ils en ont pris l’habitude, les assauts répétés d’une gouvernance cherchant à rogner sur les progrès du passé. Autrefois les gens se battaient pour avoir mieux, maintenant ils se battent pour conserver ce qu’ils ont acquis.

Loin de moi l’idée de défendre les "acquis sociaux", faut-il encore savoir de quels acquis il s’agit et à qui ils profitent. Car si les raids actuellement menés sur les plus faibles peuvent satisfaire certains esprits libéraux, il serait bon également, en toute libéralité, de briser les acquis de position, de rente, de lignée ou de pouvoir que certains s’arrogent comme étant un dû inaliénable. En clair, il semble vital de commencer là où les plus gros excès en volume sont commis.

En quelques décennies, plus que jamais auparavant, les inégalités se sont creusées et accrues au point de conduire la société, en France et ailleurs, à se rapprocher d’un modèle d’Ancien Régime où l’élite détient tout et détermine tout au détriment d’une masse incapable de prendre son destin en main ou de comprendre sa piètre condition. La seule chose qui ait changée entre temps, étant les avancées technologiques et sociologiques permettant de consoler le plus pauvre de sa condition parce qu’il détient un écran plat et quelques jours de congés par an (quand il lui reste un emploi).

 

III. Les banques et le politique d’abord

Le système peut changer, reste à savoir qui le veut et qui peut conduire ce changement.

A l’heure actuelle, certains leviers cruciaux me semblent incontournables si l’on souhaite réellement agir pour la majorité. Reste à savoir s’il est encore possible d’agir, si les rapports de force à l’œuvre ne conduisent pas, inéluctablement, à l’impasse de pouvoir oligarques hard ou light, qui détermineront avec les moyens dont ils disposent, toujours des règles du jeu favorisant leur "monde".

Cela peut sembler abstrait, mais ceci est très réel.

La privatisation de l’éducation, la détermination de filières d’élites, la cooptation, le langage, le cercle de relations, la consécration autour de valeurs communes, le mépris des plus faibles, la soumission au plus fort... toutes ces caractéristiques conduisent une partie de la société à s’auto-sélectionner pour reproduire, encore et encore, un modèle de domination qui consiste à exploiter la faiblesse des autres, plus nombreux mais moins organisés, pour en tirer un bénéfice de situation.

Là où une génération pouvait jadis l’assurer à sa lignée (droit du sang), les générations au pouvoir cherchent, quel qu’en soit le prix, à rétablir cette souveraineté par d’autres biais.

Parallèlement, la recherche du bouc-émissaire, la sanction de la faute, la poursuite de l’excès mineure, l’évincement de toutes classes ou catégories rebelles, constituent le pendant visible d’une stratégie clairement établie dont l’objectif est de "chasser et compliquer" la vie du faible pour mieux consacrer l’énergie du fort à concentrer toujours plus de richesses.

La loi "HADOPI" en est un parfait exemple : on chasse le "pirate" parce qu’il porte atteinte à la rente de situation de majors, le tout sous un habillage médiatique de "juste rémunération des artistes". Mais qu’en pensent-ils eux ? Est-ce que leur rémunération est toujours "juste" ?

La remontée du "niveau de l’eau" par la hausse vertigineuse de tarifs comme celui du gaz ou de l’électricité est également une conséquence d’une stratégie de "rente" qui s’appuie sur le fait de faire payer aux "captifs" les prises de risques notamment pour des rachats d’actifs ou d’activités douteuses dont le bénéfice ne sera jamais redistribué à ceux qui paient in fine.

Ce "transfert du risque" est tout aussi lisible via des dispositions qui renforcent les "forts" comme Bouygues ou Vinci sur les marchés de travaux et affaiblissent les faibles, en leur faisant assumer via sous-traitance ou "statut d’auto-entrepreneur" les risques sur les délais ou sur les accidents de chantier.

Cet échantillon de disposition, parmi tout un éventail, n’est qu’un extrait dont la conséquence finale est de conduire à l’accroissement des inégalités, le renforcement des forts et l’affaiblissement des moyens et des faibles.

Au niveau mondial, la finance procède de même, jouissant à n’en plus pouvoir de sa position pour "presser le citron" jusqu’au bout, quitte à demander au serveur d’autres citrons même s’ils n’existent pas.

Ces réalités sont lisibles, compréhensibles, visibles.

Si on veut les voir, si on veut les affronter, on peut le faire.

Les outils existent, ils sont principalement d’ordre public, mais ils peuvent aussi être privés si le principe de concurrence n’est pas biaisé pour devenir entente.

Les leviers les plus forts résident dans la fiscalité, dans le rétablissement d’un impôt sur les revenus progressif et non émietté, dans l’affectation des impôts locaux à des échelons dotés de compétences claires, dans la répartition des efforts rationnelle entres les entreprises et les particuliers, mais aussi entre les entreprises en effectuant le même travail de rétablissement de progressivité de l’impôt pour les entreprises.

Il faut pour cela casser, briser, effacer des règles sédimentées dans le temps dont les plus puissants usent et abusent pour se soustraire à l’impôt, voire pour en bénéficier.

D’autres leviers, organisationnels et légaux, comme l’organisation du travail, la répartition des bénéfices, les règles de rémunération des organes de direction, tout cela peut et doit être réécrit.

Les banques doivent elles aussi avoir des comptes à rendre et être sous contrôle d’une autorité supranationale, d’individus qui ne pourront pas aller vendre leurs services à ces mêmes firmes qu’ils auront ou iront contrôler. Il semble plus que jamais nécessaire d’abattre les cloisons opaques qui entourent le monde de la finance, des banques et des assurances. Les Etats eux-mêmes en étant dépendant des établissements bancaires ont signé en bas à droite l’hégémonie d’un système qui vampirise toutes les ressources pour la satisfaction de la cupidité de certains.

Les Bonus en sont la face émergée, mais qu’y a-t-il encore d’autre à découvrir ? Des retraites chapeaux en passant par les prêts à taux nuls non échéancés ? Qui sait ?

On vit dans un système où le détail est contrôlé mais où l’essentiel est laissé hors de porté du regard.

 

IV. Les règles du jeu doivent changer

L’environnement ne doit plus venir également en support publicitaire d’opportunité, mais doit être pensé en amont et mis en priorité pour tous les projets. Cela signifie également de ne plus céder à tous les lobbies en place, et notamment celui du pétrole, alors même que les ressources seront nécessairement consumées plus vites que prévues.

Là où le gouvernement s’attelle à amonceler de nouvelles "réformes" inégalitaires, il est vital de faire le ménage juridique sur des piles de lois dont on sait que la profusion conduit à un libéralisme sans contre-pouvoir. L’idée de liberté n’est pas contradictoire avec celle d’égalité. Elle ne doit pas néanmoins occulter que toute liberté a des limites, et qu’il n’existe pas de libertés pour 6 milliards d’individus sans règles à respecter.

Je ne suis pas optimiste pour l’avenir proche car l’aveuglement et l’incompétence sont bien trop ancrés au pouvoir pour que le monde puisse changer avant qu’une crise, bien pire, ne déferle.

Je ne suis pas optimiste parce que les systèmes sont verrouillés de l’intérieur, que les techniques à disposition des pouvoirs en place et de l’ordre établi ne permettent plus de dialoguer sans engager le rapport de force, que l’influence des égoïsmes et de la médiocrité tend à refouler toute intellectualité et esprit collectif des sphères de décisions.

Je pense enfin que les hommes se trompent en mettant l’argent au dessus de tout le reste.

En oubliant de placer l’homme au centre du jeu (ce que l’on appelle l’humanisme) nous allons, forcément, droit vers des crises bien plus graves.

Il paraît que nous ne savons réagir qu’une fois le nez dans le caca : faut-il encore qu’il soit encore possible d’infléchir les cours du destin. Autrefois l’aristocratie avait encore le mérite d’être cultivé : aujourd’hui les milliardaires sont des imbéciles aux dents longues et à la progéniture sans repères... autant dire qu’il sera difficile d’infléchir les tendances à l’œuvre à court terme.

Néanmoins, nous avons toujours la possibilité, à moyen ou long terme de réagir.

Les outils existent, les gens existent, les idéaux sont là et n’ont pas encore été réalisés.

Plus concrètement, plutôt que de laisser une jeunesse livrée à elle même et au chômage, nous avons aussi la possibilité de la former, de lui proposer des fonctions et perspectives gratifiantes. Nous avons la possibilité de donner aux "séniors" la possibilité d’exprimer leur expérience pour la mettre au service du progrès collectif. Nous avons aussi la possibilité de ne plus tout accepter en fermant les yeux et en espérant, dans le secret dans nos sphères individuels, que demain sera moins pire qu’aujourd’hui.

Si nous cessons de nous détester, montés les uns contres autres à se regarder les avantages et autres privilèges, si nous levons les yeux pour constater que nous avons trop longtemps détourné notre regard de l’essentiel, à savoir la qualité de vie, peut-être que nous pourrons espérer améliorer notre quotidien. Je sais, certains ne croient pas dans ce type de discours mièvre et sympathique. Ils préfèrent consommer leur réalité finalement pas si mal et se contempler dans leur réussite propre qui finalement se fiche bien de la détresse du voisin, ou même de la grand-mère qui crève lors d’une canicule. Bien sûr, rien ne les oblige à penser qu’ils puissent espérer vivre mieux en essayant, un instant, de ne plus courir sans arrêts dans le jeu qui consume leur vie pour produire des euros.

Mais pour ma part, je pense que l’humanité arrive à un tournant de son existence : non seulement parce que son poids sur Terre devient un danger pour elle-même, mais également parce que les modèles que nous poursuivons nous conduisent irrémédiablement à des crises, plus dures, plus injustes, plus inégales et plus violentes qu’on ne l’imagine.

Certains diront alors, qu’ils ne savaient pas. Pourtant ils savent, et en jouent dans la course à l’immédiateté.

Par l'anarchiste - Communauté : Pour la démission de Sarkozy
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /Juin /2009 22:54

Suspecté de chahut pendant la récréation un écolier de huit ans a été « serré » par les forces de l’ordre avant d’être « cuisiné » dans les locaux de la Gendarmerie.

La politique de répression frénétique du régime sarkozyste continue de porter ses fruits. Samedi 30 mai à Courdimanche, dans le Val-d’Oise, c’est un écolier de huit ans qui a été "serré" par les forces de l’ordre avant d’être "cuisiné" dans les locaux de la Gendarmerie. Après la pittoresque affaire des deux enfants de six et dix ans raflés pour un vol de vélo (lire ici) le feu du ciel sécuritaire a encore frappé.

 

UNE PROCÉDURE "NORMALE"...


UMPRepression.jpgL’audition du jeune garçon, rejoint par son père durant l’interrogatoire, a duré une vingtaine de minutes. Le "suspect" s’est rapidement mis à table et a reconnu avoir échangé un ou deux coups de pieds avec l’un de ses camarades de classe pendant la récréation. Puis d’avouer, qu’une fois le jeu terminé, ils s’étaient tout naturellement réconciliés.

Interrogé par Le Parisien sur la nécessité d’envoyer une estafette pour "cueillir" un écolier de huit ans, la gendarmerie invoque une "procédure normale" faisant suite à un signalement de la mère de l’enfant (sauvagement) agressé.

"C’est une procédure démesurée" et cela "aurait dû se régler entre adultes", a déclaré le père de l’enfant "coffré" par les gendarmes.

 

INSÉCURITÉ ÉTATIQUE


Il est vrai que depuis des lustres, quand des "bagarres" éclataient dans les cours de récréation, on prenait soin de "châtier" les fautifs par des punitions, ou en les mettant au coin. Aujourd’hui, sous Sarko Ier, le gouvernement encourage la police à lancer des dragonnades dans les écoles pour palier à la suppression de dizaines de milliers de postes d’enseignants et d’encadrants .

On ne peut pas, au nom de l’idéologie ultra-libérale, baisser d’un coté les impôts des ultra-riches et conserver, de l’autre, un service public fiable et efficient. La mise en place du capitalisme sauvage voulue par Sarko et l’UMP passe invariablement par la destruction du modèle républicain Français, quitte à sombrer dans le ridicule et la répression aveugle, quitte à risquer une révolution.


L’insécurité existe, mais elle est aussi le fait de l’État.

Par l'anarchiste
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /Mai /2009 00:11

C’est un fait : nos « élites », reprises allègrement dans les médias commerciaux, ne cessent de préparer le terrain pour établir ledit « nouvel ordre mondial » qui bien sûr, sera tellement mieux que ce que nous subissons déjà. Après le sondage du Figaro (paru quelques mois trop tôt sûrement au vu du résultat) « êtes vous pour ou contre un gouvernement économique mondial », après les propos de Gordon Brown et consorts se congratulant du « nouvel ordre économique » né du G 20, voilà Kouchner & Co qui nous serinent sur l’ « adaptation » audit « nouvel ordre mondial » au cours d’une grande conférence à Montréal. Grandiose.

On peut faire les innocents et tenter de se dire que si autant d’élites nous disent que ce nouvel ordre mondial 1142319_1467789sera super, c’est qu’ils doivent avoir raison. Comme quand Kouchner dit que Total c’est super démocratique, y compris en Birmanie, ou quand DSK nous disait que y’a pas de crise l’année dernière.
Mais, on peut aussi se poser un certain nombre de questions...
Pourquoi y aurait-il tant besoin d’un « nouvel ordre mondial » ? Le vieux ne suffit pas ? On est d’accord que le système actuel, mondialiste et ultra libéral, imposé par ces mêmes élites depuis la deuxième guerre, a de nombreux ratés dont les populations essuient les conséquences. Certes, ce système est à revoir, et d’urgence. Mais, pourquoi ceux-là mêmes qui sont les garants du système actuel, qui a permis qu’on en arrive à toutes les dérives actuelles, se font-ils aujourd’hui, soudainement, les chantres d’un nouvel ordre mondial ?
Si l’on arrête l’angélisme, on peut soupçonner qu’ils agissent encore dans l’intérêt de l’ordre établi, celui des élites politiques et économiques en place, et qui ne tiennent surtout pas à se retrouver en bas de l’échelle.
On peut soupçonner également qu’il s’agira surtout de ne rien changer, et de bien verrouiller le système en ces temps où le monde plonge dans une crise qui ne peut qu’amener à des contestations populaires, voire à des soulèvements dans certaines régions particulièrement mal loties (grâce à nos élites, d’ailleurs).
Qu’entendent-ils par « nouvel ordre mondial » ?
Il n’y a qu’à les écouter : pour eux, il s’agit du système qui permet de continuer avec une finance mondiale débridée et déconnectée de la production, c’est-à-dire avec le tout-aux-spéculateurs. C’était bien là le but des G8, G 20, sommet de Davos et autre Bilderberg. Car, les seules « réformes » qui en sont sorties n’ont visé qu’à renforcer les pouvoirs de ce même FMI qui a plongé dans la crise des continents entiers avec ses « politiques d’ajustements structurels ».
Le nouvel ordre mondial, en outre, est supranational. Il s’agit d’un système dans lequel les décisions sont prises par une élite. C’est Rockefeller, un des leaders de la Trilatérale, du CFR, du Bilderberg et autres, qui a dit, n’est-ce pas que « Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire ». En 1991, devant la Trilatérale, il a aussi remercié les médias commerciaux dits de référence pour leur silence sur les visées vers un nouvel ordre mondial, silence sans lequel, précise-t-il, il n’aurait pas été possible d’avancer aussi vite : « Nous sommes reconnaissants envers le Washington Post, le New York Times, Time Magazine et d’autres grands journaux, leurs directeurs ayant participé à nos rencontres et ayant respecté la promesse de discrétion pendant près de 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer notre Plan pour le Monde toutes ces années durant si les projecteurs avaient été braqués sur nos activités. Le Monde est maintenant plus sophistiqué et plus préparé à accepter un Gouvernement Mondial. La Souveraineté Supra-Nationale d’une Elite intellectuelle et de banquiers est sûrement préférable au principe d’Autodétermination Nationale des peuples, pratiquée tout au long de ces derniers siècles ».
Ce qui est certain, c’est que ledit nouvel ordre mondial ne sera pas démocratique, il sera au contraire dirigé par les élites mondialistes déjà en place. Il n’aura pas pour but le bien être commun mais la préservation de l’ordre établi (ou même de l’ancien régime), il a l’aval des élites médiatiques qui feront ce qu’elles peuvent pour faciliter les avancées vers le nouvel ordre mondial, quitte à faire de la basse propagande mais on a l’habitude, et enfin les mêmes élites sont au travail depuis 60 ans au moins (mais je dirais que ça a commencé dès les années 20).
Pourquoi en parlent-ils tous maintenant ?
Nous sommes en pleine crise financière et économique, ce qui débouche inévitablement sur des crises sociales et politiques. On le voit à toutes les époques, dans tous les pays. J’ai déjà expliqué comment il a été facile pour le patron de la FED de provoquer la crise des subprimes en augmentant d’un coup les taux d’intérêt. C’est la crise subprime qui a fait tomber le géant aux pieds d’argile qu’est ce système puisqu’il reposait à 90% sur du vent : la spéculation et des valeurs boursières déconnectées de la réalité. La crise, donc, n’est certes pas une surprise pour nos élites, mêmes si elles ont toutes fait semblant d’atterrir seulement fin 2008. Elle a été provoquée, pour amener à la situation actuelle. Ensuite, comme de l’Europe aux Etats unis, en passant pas la plupart des pays, le système démocratique est dévoyé, le pacte social rompu, et les populations dégoûtées du jeu politique, on peut s’attendre à des crises ça et là. Il conviendra évidemment de les circonscrire, en légitimant la répression et en criminalisant la contestation. C’est le rôle premier de ce nouvel ordre mondial : établir l’ordre voulu par les élites, quoi qu’il en coûte.
Parlons d’ « anarcho autonomes » au lieu de contestataires ou de manifestants, et bientôt assimilons-les à des « terroristes », réprimons-les, et de contestation il n’y aura plus.
On parle donc maintenant de ce nouvel ordre mondial, car nous en sommes à la dernière étape. Je pense que pendant encore un an ou peut-être deux, ils vont distiller ces notions nouvel ordre mondialistes dans les mentalités, les faire « infuser » comme dirait Sarko, pour que, la crise s’aggravant, le niveau de vie chutant de plus en plus, les population accueillent les bras grands ouverts les nouveaux Chefs, garants d’un Nouvel Ordre Mondial. Car, l’idéal serait d’éviter un coup d‘Etat mondial : il faut que les populations réclament leurs sauveurs, ceux-là mêmes qui les ont mis dans le pétrin jusqu’au cou, durant des générations.
Qu’avons-nous à y gagner ?
Absolument rien si on aime avoir son libre arbitre et qu’on cherche à aller vers un monde plus juste, plus humain et plus respectueux des hommes et de la nature. Par contre, si on est PDG d’une grande banque ou d’une multinationale, là ce sera très rentable : on va continuer avec un système économique complètement délirant, sans aucune entrave surtout, sans se préoccuper des inégalités sociales bien sûr, en décidant de tout entre illuminés d’en haut. Et puis, si quelqu’un nous embête, on le détruit.
Pourquoi un tel consensus chez les élites d’en haut ?
C’est étrange comme tous semblent euphoriques à l’idée de ce nouvel ordre mondial. Comme si on leur avait tous mis le même produit psychotrope dans la soupe. Tout simplement, parce que c’est une chose dont on discute âprement depuis des années entre élites internationales (politiques et économiques). On a posé les premiers jalons avec Bretton Woods, le plan Marshall qui a lancé l’Europe, le Bilderberg etc. On nous a dit que « la mondialisation est un fait », et on a crée moult et moult institutions internationales (FMI, OMC, ONU, OTAN, OMS, Banque Mondiale, BIRD, CFR, Trilatérale, Commission européenne…), et on va nous dire maintenant que pour donner une cohérence à tout ça il faut un gouvernement mondial, garant d’un nouvel ordre mondial plus proche du fascisme que de la liberté des peuples. Il y a suffisamment de « réunions privées » au cours desquelles ils ont pu accorder leurs violons ces dernières années.
26074_une_g202Mais, revenons à notre conférence à Montréal. Organisée par le Forum International des Amériques, une conférence où on discute de l’avenir du monde entre initiés, il s’agira cette fois de « s’adapter au nouvel ordre mondial », puisque c’est le thème de cette année 2009.
Le Forum a été créé en 1994, alors que commence le « mouvement de la mondialisation des économies », car « le monde était alors prêt, avec la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1993, à se lancer dans la construction d’un marché global pour le bénéfice de l’ensemble de la planète ». Tout ça, c’est sur le site. Jacques Barrot, commissaire européen aux transports, a même dit que « Pour réussir la mondialisation, la première action est de rapprocher les hommes et les femmes du monde, notament ceux qui ont des responsabilités. C’est pour cette raison que la Conférence de Montréal est un grand succès », et on le croit sur parole, surtout avec le thème de cette année.
Les gouverneurs du forum sont des pontes de la mondialisation : le président est Paul Desmarais de Corporation Financière Power, le président fondateur est un avocat de Fraser Milner Casgrain, et parmi les gouverneurs on a la président de la chambre de commerce du Canada, le président du Conseil canadien des chefs d’entreprise, l’inénarrable Jacques Delors, grâce à qui on a le Marché Commun, le secrétaire de l’OCDE, DSK, Jean Claude Trichet de la BCE et quelques autres du même acabit.
Parmi les commanditaires dudit forum, on trouve –ô surprise !- l’Autorité des marchés Financiers, Génome Québec (qui vise à « renforcer la compétitivité du système d’innovation en génomique afin d’en maximiser les retombées socioéconomiques au Québec, en finançant des initiatives majeures de recherche en génomique et en mettant en place les outils nécessaires au développement scientifique et stratégique du domaine »), RBC Marché des Capitaux (une banque de spéculation –dite « d’investissement »), le « leader mondial de l’aluminium » Rio Tinto Alcan, GDF Suez, la société générale de financement du Québec, la Caisse de dépôts et placements du Québec, Investissement Québec (spéculation), EDC (services financiers), Banque de Développement du Canada, Fraser Milner Casgrain (cabinet d’avocat d’affaires), Deloitte & Touche (industrie du métal), HEC Montréal, le National Post, Business News Network, la Banque européenne de reconstruction et développement, la Banque asiatique de développement, la banque Internationale de développement, l’OCDE, même l’UNESCO étrangement est de la partie.
Les personnalités qui seront présentent révèlent l’orientation qui sera donnée aux débats : Madeleine Albright,let_s_make_money_300 la commissaire européenne au commerce Catherine Ashton, l’ex 1er ministre du Pakistan, le gouverneur de la banque du Canada, le ministre canadien du commerce international, le PDG d’Artoc (société d’investissement), Angel Gurria (secrétaire général de l’OCDE), le PDG de General Electric, le secrétaire général de l’organisation des Etats américains, le président de la banque africaine de développement (très efficace comme nous pouvons le constater), le président de la banque asiatique de développement, le président de la Banque interaméricaine de développement, Gérard Mestrallet le PDG de Suez, Luc Montagnier qui a « découvert le SIDA » (et on se demande bien ce qu’il fait là, quoi que pas vraiment si on remet en question l’existence même du SIDA, comme beaucoup), le secrétaire général de la Confédération Syndicale Internationale, l’incontournable DSK du FMI, le président de la Brookings institution (un lobbie ultra libéral et mondialiste), Uribe (le super corrompu président Colombien) ou Zoellick de la banque Mondiale, pour ne citer que ceux-là.
Mais il y aura aussi des représentants de multiples multinationales et institutions internationales comme l’AMF, les Chambres de commerce du Québec, le Conseil français des Investisseurs en Afrique, le Conseil mondial de l’Energie, l’Association des assureurs de France, etc. Environ 150 personnes devraient être présentes.
Ensemble, ils vont discuter de savoir comment « s’adapter au Nouvel Ordre Mondial ». Voici comment on nous amène le sujet. On part d’ailleurs du principe que j’ai expliqué plus haut : crise = changement= nouvel ordre mondial.
En ces termes choisis, on nous explique qu’il est temps de parler de choses sérieuses : « Nous traversons actuellement une période de crise économique et financière planétaire qui instaurera un nouvel ordre mondial. Les leaders internationaux et gouvernementaux, chefs d’État, gens d’affaires, universitaires, membres de syndicats et représentants de la société civile doivent se réunir et repenser leurs stratégies. Le moment est venu de développer des solutions multidisciplinaires innovatrices (là j’ai un doute, au vu de leurs délires habituels jamais innovants et toujours réchauffés) qui nous permettront de faire face aux nombreux défis que représente ce monde multipolaire et en améliorer l’état. »
subprimesLes grands thèmes qui seront traités sur quatre jours sont les suivants : « économie et gouvernance », « Journée du millénaire : développement durable, santé et énergie », « le commerce international et les Amériques » et enfin « finance internationale ». Précisons au passage que la notion même de gouvernance signifie nouvel ordre mondial, puisqu’il s’agit de gérer une masse de gens au mieux et sans leur demander leur avis, une notion lancée dans les recherches universitaires grâce à des sous de la fondation Ford entre autres.
On est également ravis de noter que la santé sera abordée avec l’environnement et surtout l’énergie, tandis que la finance internationale a une journée pour elle toute seule.
Bref, voilà que les choses se précisent. Aujourd’hui, on ne parle plus seulement de l’éventualité d’un nouvel ordre mondial ; on se demande carrément comment on va y adapter la population. Gageons que d’autres conférences suivront sur le même thème, et que bientôt le nouvel ordre mondial sera un fait.
Et même si dans l’absolu, on serait nombreux à préférer vivre en harmonie avec les voisins du monde entier, les théories nouvel ordre mondialistes de nos élites n’ont absolument pas pour but de faire parvenir les peuples au bien être commun. Au contraire, ces mêmes élites nous ont prouvé avec acharnement qu’elles n’aimaient rien tant que détruire tous les piliers des sociétés démocratiques, et il semble que leur orientation n’ait pas changé d’un iota malgré la nouvelle parure du Nouvel ordre mondial.
Par l'anarchiste
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 17:21

«Un arrêt de travail pour Sarko», c'est le mot d’ordre de la pétition lancée par la revue Pratiques pour dénoncer les effets de la loi de financement de la Sécurité Sociale. «L’arrêt de travail devient une faveur que l’on doit mériter, s’insurge le docteur Marie Kayser, le système devient profondément inégalitaire». Le docteur Didier Ménard, président du Syndicat de la Médecine Générale, s’oppose à ce mouvement, forcé, de prise en charge des soins par le secteur privé. «En bout de course, le gouvernement choisit toujours le portefeuille des malades, souligne-t-il. L’accès aux soins est de plus en plus difficile.» Le site de la pétition est ici.


 

 

Docteur Marie Kayser, membre de la Revue Pratiques. «Avec la dernière loi de financement de la Sécurité Sociale, votée à l’automne 2007, l’arrêt de travail n'est plus un droit pour restaurer sa santé, mais devient une faveur que l’on doit mériter. Alors que les souffrances au travail s’accroissent, cette réforme a restreint l’accès à ce repos réparateur, indispensable aux travailleurs les plus touchés, en modifiant son système de contrôle. Aujourd’hui, lorsqu’un salarié est arrêté, ses indemnités proviennent en partie de l’assurance-maladie et en partie de l’employeur, en fonction des conventions collectives en vigueur. Lorsque ce dernier conteste l’arrêt de travail et demande un contrôle, la somme versée par l’entreprise peut être suspendue, si le médecin privé estime l’arrêt non justifié. L’indemnité provenant de l’assurance-maladie n’est pas touchée par cet avis médical. Seul le « médecin conseil », appartenant à la Caisse de l’Assurance Maladie, peut décider de supprimer cette partie. Expérimentée actuellement dans neuf Caisses d’assurance-maladie, choisies en raison d’un taux de prescription d’arrêt de travail élevé, cette réforme permet, sur simple avis du médecin employé par l’entreprise, de supprimer l’intégralité de l’indemnité. Ce dernier est en même temps juge et partie, puisqu’il est rémunéré par le patron qui conteste la validité de l’arrêt de travail.

En tant que médecin généraliste, j'ai reçu ainsi de nombreuses propositions de la part des entreprises, très bien rétribuées, afin d’opérer ces contrôles. L’assuré peut à son tour faire un recours, mais son indemnité est suspendue au préalable. Sur des arrêts de travail de quelques semaines, cela risque d’être vite abandonné. Il s’agit ainsi de renforcer les pressions, qui sont déjà exercées sur les « médecins conseil », pour faire diminuer le nombre d’arrêts de travail délivrés.

La lutte contre la fraude n’est qu’un prétexte. Phénomène minoritaire, elle représente entre 5 à 7% des arrêts. Je reçois plutôt de nombreux patients qui refusent les arrêts de travail, par peur de perdre leur emploi ou pour une question financière. En effet, les trois premiers jours d’arrêts de travail ne sont pas indemnisés par l’assurance-maladie, mais seulement avec la somme versée par l’employeur. Ensuite, la part varie en fonction de la durée de l’arrêt, mais pour ceux qui durent quelques semaines, la Caisse reverse environ la moitié du salaire, seulement. La fraude n’est donc absolument pas généralisée, mais concerne une toute petite partie des salariés. Les contrôles mis en place par l’assurance-maladie, par le biais des médecins « conseil », s’attaquent déjà à ce problème. Il est anormal que l’employeur puisse, par son médecin privé, imposer son avis à l’assurance-maladie, sur ce qu’elle doit, ou non, verser à l’assuré.

De la même manière, sous couvert d’une irresponsabilité des Français concernant leur consommation de médicaments, le gouvernement continue à renforcer le système de franchises. Ces dernières, qui ne sont remboursées ni par l’assurance-maladie, ni par les complémentaires, apparaissent avec la réforme de 2004 sur les actes médicaux, les radios et les analyses biologiques. Plafonné à un euro par jour pour chaque type d’acte, ce seuil est passé à 4€ en juin 2007. En effet, l’Objectif National de Dépenses d’Assurance Maladie (ONDAM), fixé chaque année par la loi, engendre, s’il est dépassé de plus de 0.7%, la mise en œuvre d’une panoplie de mesures pour remédier à cette hausse. En juin 2007, l’Objectif étant franchi, la Commission d’alerte a réagi, avec notamment cette augmentation du plafond à 4€. La technique est pernicieuse : l’Objectif est volontairement fixé très bas. Il est donc rapidement dépassé, ce qui permet au gouvernement de faire passer plus facilement ces mesures désagréables – vers un moindre remboursement des patients en général - présentées comme inévitables et dans l’urgence. Le gouvernement continue en ce sens avec l’instauration de nouvelles franchises dans cette loi de l’automne 2007 : 50 centimes sur chaque boîte de médicament (sans plafonnement), sur les actes paramédicaux, 2€ sur le transport en ambulance… Le plafond est fixé à 50€ par an par assuré. En ajoutant les franchises de 2004, cela représente 100€ ! Sans oublier bien sûr le ticket modérateur, payé par chaque assuré, qui représente environ 35% sur une boîte de médicament et 30% d’une consultation médicale.

Les citoyens doivent s’emparer du débat parce que ce n'est que le début. Les autorisations de dépassement, présentes dans le secteur 2, pourraient être généralisées, avec un plafonnement, dans un secteur dit « optionnel ». Les assurés auraient beaucoup plus de dépassements à payer de leur propre poche, avec leur complémentaire par exemple. Ces augmentations des coûts non remboursés poussent le patient vers les mutuelles et assurances privées. Ce système est fondamentalement inégalitaire : lorsque l’assuré cotise pour l’Assurance Maladie, c’est en fonction de ses revenus ; avec les complémentaires, ce n’est pas le cas. L’accès aux soins devient de plus en plus difficile pour ceux qui en ont le plus besoin ».

 

Docteur Didier Ménard, président du Syndicat de la Médecine Générale (SMG). « L’offensive contre l’assurance-maladie remonte au gouvernement Raffarin. Diminuer les dépenses, voici la seule solution apportée pour lutter contre le déficit. Défendue depuis très longtemps, précisément dans le rapport Chadelat, commandé sous le gouvernement Raffarin, cette vision poursuit un seul objectif : transférer les dépenses de santé vers le secteur privé, en réduisant au minimum le panier de soin pris en charge par l’Etat. On choisit ainsi de ne pas augmenter les recettes, de peur d’affecter la croissance. Pourtant, depuis plusieurs dizaines d’années, ce choix n’engendre pas de grande réussite. La réforme de 2004, qui instituait le parcours de soin, est un échec total, reconnu par tous à demi-mot. D’où la nécessité d’une nouvelle réforme, les déficits continuant leur progression. Retour à la case départ !

En essayant d’obliger les Français à consommer moins de soins, on sous-entend que l’abus est général. Pourtant, cette « errance » médicale, injustifiée, concerne seulement 0.72% des patients. Ce discours de culpabilisation du malade, nouveau bouc émissaire, est purement idéologique, ne s’appuyant sur aucun élément concret. Poursuivant en ce sens de restriction des dépenses, l’Etat contraint les médecins à limiter la prescription de certains médicaments. Actuellement, il s’agit des anti-cholestérols, au moment même où l’ensemble des études démontrent que le cholestérol est l’une des causes essentielles de maladie cardio-vasculaire. Encore une fois, on ne réfléchit aucunement en termes de politique de santé, il s’agit simplement de faire baisser les coûts. Pourtant, la prévention permet elle aussi d’économiser : les accidents cardio-vasculaires coûtent très cher à la Sécurité Sociale. L’Etat laisse totalement de côté la lutte contre les causes de maladie alors que cela constitue un réel investissement sur l’avenir. Les maladies d’affections de longues durée représentent ainsi 60% des dépenses de l’assurance-maladie. Au-delà des progrès technologiques ou médicaux, la prévention sur l’environnement, l’alimentation et le comportement des patients a des conséquences très importantes sur la diminution du nombre de malades, par exemple en luttant contre l’obésité pour le diabète, ou contre les souffrances au travail pour les maladies mentales. Il n’existe aucune volonté politique de s’attaquer à ces causes. Effectivement, les maladies, c’est aussi un secteur marchand à satisfaire, avec une industrie pharmaceutique très puissante. Vendre des médicaments est en effet plus rentable et moins compliqué.

En bout de course, le gouvernement choisit toujours le portefeuille des malades. L’accès au soin est de plus en plus difficile. Médecin généraliste dans le quartier populaire des Franc-Moisins à Saint-Denis, j’ai dû embaucher une assistante, afin de trouver à mes patients les soins et spécialistes « abordables » financièrement, pour suivre leur traitement ».

Par Voltaire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 21:11
"Le gouvernement annonce un projet de loi qui sanctionnerait de radiation les chômeurs refusant une deuxième offre d’emploi au bout de six mois de chômage avec un salaire inférieur de 20% à leur ancien salaire, et au bout d’un an, avec un salaire inférieur de 40%. Cette offensive qui participe à la stigmatisation des chômeurs, comme s’ils étaient responsables de leur absence d’emploi, a deux buts : faire diminuer artificiellement le chiffre du chômage (déjà bien inférieur à la réalité), et peser à la baisse sur tous les salaires", écrivent dans un communiqué commun trois associations de chômeurs, AC !, APEIS et MNCP, qui appellent aujourd’hui à des manifestations nationales.

En stigmatisant la justification gouvernementale de son projet de loi, les fameuses 300 à 500 000 offres d’emploi non pourvues, comme une "manipulation grossière" : "Ce chiffre n’a aucune base statistique sérieuse. Il traduit simplement le fait qu’il faut un délai (environ un mois) pour qu’une offre soit satisfaite. Aussi, sur la base de 3,7 millions d’offres gérées par l’ANPE en 2007, il y a en permanence un volume d’offres de l’ordre de 300 000. Les présenter comme des emplois non pourvus, c’est tromper l’opinion publique."

logoL’économiste François Eymard-Duvernay, professeur à l’Université Paris X Nanterre, livre une analyse lumineuse de la situation dans un article publié par l’excellente revue Alternatives économiques, sous le titre de Sanctionner les chômeurs ou élargir leur espace de choix ? Extraits.

"La logique de l’assurance est bien loin. Celle-ci est dénoncée comme une logique « protectrice », alors qu’elle est de nature contractuelle : les salariés organisés collectivement s’assurent contre les risques du chômage, paient des cotisations et reçoivent en contrepartie une allocation lorsqu’ils n’ont plus d’emploi. En quoi cela est-il illégitime ? On pourrait d’ailleurs suspecter les mesures actuellement envisagées de rompre des contrats anciens : après tout, les chômeurs susceptibles d’être « sanctionnés » ont versé normalement leurs cotisations, dans un cadre juridique qui prévoyait des prestations en contrepartie. Dans une situation où l’on veut forcer la main des chômeurs pour leur faire accepter des emplois dont personne ne veut, il ne serait pas inutile de rappeler que la relation de travail est contractuelle, c’est-à-dire, suivant les plus élémentaires principes libéraux, conditionnée par l’accord des volontés des parties et en particulier celle du salarié. (...) Les syndicats et plusieurs observateurs ont critiqué fermement la pression exercée sur la personne en recherche d’emploi pour qu’elle accepte un salaire de plus en plus bas. Le gouvernement souhaiterait ainsi que, au bout de trois mois de chômage, elle ne puisse pas refuser deux offres correspondant à 95% de son salaire antérieur, à 80% de ce salaire au bout de six mois et équivalant à ses allocations chômage (soit 57% du salaire antérieur !) au bout d’un an. Plutôt qu’à résorber la frange des emplois mal payés, aux conditions de travail souvent dégradées, cette politique conduirait à les pérenniser en contraignant des personnes à les occuper. On renouerait ainsi avec les phases les plus sombres du capitalisme (...) La multiplication des travailleurs pauvres, nouvelle plaie des sociétés riches, est ainsi explicitement visée. La garantie d’un salaire minimum instaurée par le Smic n’arrête pas d’être détricotée. Après la « prime pour l’emploi » qui permet de proposer des durées hebdomadaires de travail et des rémunérations mensuelles faibles, le montant des allocations chômage deviendrait une sorte de norme salariale : tout employeur versant un salaire à ce niveau serait assuré d’avoir une main d’œuvre disponible, grâce à la pression exercée sur les chômeurs de longue durée. (...) Le salarié engage sa personne dans le travail. Cela suppose que le travail ait un sens pour lui, qu’il en ait une représentation positive : c’est un enseignement constant de l’anthropologie et de la sociologie du travail. Nier cette dimension conduit à un retour à une conception servile du travail. Le contrat de travail, forme juridique de la relation salariale dans toute société libre, doit impérativement recueillir la volonté du salarié. Le menacer de sanctions au cas où il refuserait une « offre valable d’emploi » ainsi définie est une atteinte grave à cette liberté fondamentale. (...) De nombreux travaux montrent que les conditions de travail deviennent de plus en plus problématiques, sous la pression de la concurrence. Ce critère semble absent de la définition des « offres valables ». Quid des personnes, le plus souvent des femmes, qui doivent s’occuper seules d’un enfant et donc avoir des horaires compatibles ? Quid de tous les salariés qui refusent de se démolir physiquement et/ou psychologiquement au travail ? Quid des seniors, dont on se préoccupe actuellement, qui considèrent qu’après une longue vie de travail, ils ont le droit de refuser certains emplois ? (...) Une offre d’emploi n’est « valable » que si elle est aussi considérée comme telle par le co-contractant. Toute autre solution revient à le soumettre à une tutelle. (...) Est-il exagérément « libéral » de rappeler, dans la continuité de nombreux auteurs (dont Amartya Sen), que l’évaluation des situations doit prendre en compte la liberté laissée aux personnes, et pas seulement leurs revenus ?"

Carole_TuchszirerEn cette matière comme en toute autre, ce gouvernement de classe fait la politique du patronat : "C’est manifestement le marronnier de la classe politique et du MEDEF, rappelle une autre auteure d’Alternatives Économiques, Carole Tuchszirer, docteur en économie des ressources humaines, dans un article titré L’offre valable d’emploi, l’éternel retour. A chaque renégociation de la convention d’assurance chômage, la question de l’offre valable d’emploi (OVE) refait surface avant même que l’on débatte du fond, c’est-à-dire de la façon dont on entend faire de l’assurance chômage un outil de gestion des transitions professionnelles. Rappelons que « l’offre valable d’emploi » avait déjà fait parler d’elle en 2000, à l’occasion de l’adoption du PARE (plan d’aide au retour à l’emploi). Le MEDEF avait dû rapidement reculer devant la ténacité du gouvernement de l’époque (Elisabeth Guigou en tête) qui, avec le soutien de la plupart des organisations syndicales, avait brandi la menace d’un refus d’agrément de la convention d’assurance-chômage." La différence avec aujourd’hui, c’est que le MEDEF règne en Sarkozie.

Par Voltaire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés